Les sens du serpent au service de sa nutrition


Prédateurs de génie, les serpents sont de véritables spécialistes pour se nourrir. Il existe deux types de prédation chez cet animal. Le premier est opportuniste : plutôt que d’explorer les environs à la recherche de nourriture, il se dissimule grâce à son camouflage et attend qu’une proie passe à proximité. Ces serpents sont habituellement plus gros et robustes, et la disposition des couleurs sur leur corps leur permet de passer inaperçus dans leur environnement. Ils peuvent ainsi passer plusieurs jours sans bouger. La seconde technique consiste à carrément partir en chasse. Beaucoup plus actifs, ces spécimens vont même jusqu’à chercher leur proie bien cachée dans la végétation, ou même dans leur terrier!

serpent1
Photo: Martin Labbé www.martinlabbe.com

Comment les serpents détectent-ils leurs proies? De prime abord, ils semblent peu habiles, ont de petits yeux, pas d’oreilles… Ouf, quels chasseurs… Mais détrompez-vous! Certains de leurs sens sont très aiguisés! Leur odorat, par exemple, est très développé et est d’ailleurs le sens le plus utilisé chez eux. Si leur langue bifide bat l’air à un rythme saccadé, c’est tout simplement pour capter les particules d’odeurs transmises par l’air pour les apporter à l’organe de Jacobson, dont l’accès se trouve dans le palais de l’animal. Cet organe transmet l’information au cerveau, qui l’analyse. Cette méthode est tellement sensible que l’animal peut détecter les variations de concentration entre les deux branches de sa langue, et peut ainsi localiser précisément la direction d’où provient l’odeur! Si c’est un prédateur, il fuit, mais si c’est une proie, il se dirige vers la source.

Une fois arrivé à proximité de la proie, comment le serpent peut-il la localiser précisément? Eh bien, qu’il soit diurne ou nocturne, et donc chasse principalement le jour ou la nuit, le serpent voit. Les serpents diurnes, avec leurs pupilles rondes, ont une vue très développée, et celle-ci suffit amplement à bien localiser leur proie. Certains serpents, comme le serpent liane, présentent même des pupilles horizontales qui leur donnent accès à une vision sur 360 degrés! Chez les serpents nocturnes, la vue est beaucoup moins développée. Leurs pupilles, comme celles des chats, sont verticales et permet de bien détecter les variations d’intensité lumineuse, mais n’offre pas une image bien définie.

Travaillant de concert avec la vision du serpent, certaines espèces présenteront des fossettes thermosensibles détectant la chaleur. Selon l’espèce, elles seront placées le long de la mâchoire ou de chaque côté de la tête. Cet outil très développé permet de capter la chaleur d’une proie et de déterminer la distance qui sépare le serpent de son prochain repas. Chez le crotale, ce sixième sens peut capter des différences de température allant jusqu’à un maigre 0,2 degré Celsius!

couleuvre_a_nez_plat_heterodon_platirinhos
Photo: Nicholas Bertrand

Qu’en est-il de l’ouïe? Même si certaines légendes parlent de charmeurs de serpents qui, par le son de leur flûte, arrivent à hypnotiser la bête, le serpent ne peut capter les sons transmis dans l’air. En effet, en plus de ne pas avoir de pavillon externe, il lui manque des structures de l’oreille interne permettant de véhiculer les sons, et ne peut donc pas tomber sous le charme d’une douce mélodie. Cependant, les vestiges de l’oreille interne lui permettent de sentir les vibrations transmises par le sol, par exemple, celles produites par les pas d’une souris qui se déplace ou celles d’un prédateur qui approche. L’intensité et le type de vibration vont lui indiquer s’il devrait se diriger vers la source de vibrations ou, au contraire, s’en éloigner.

Une fois sa proie trouvée, le serpent devra la tuer avant de l’ingérer. Pour ce faire, certains utiliseront leur venin, d’autres, la constriction. Les proies qu’ingère le serpent sont souvent beaucoup plus volumineuses que sa tête, mais l’anatomie de celui-ci est adaptée en conséquence. Contrairement à la croyance populaire, un serpent ne se décroche pas la mâchoire pour engloutir sa proie. Son crâne est beaucoup plus flexible que le nôtre et peut ainsi s’étirer latéralement, en plus de posséder deux articulations mobiles verticalement au lieu d’une seule pour les mammifères. Les dents sont inclinées vers l’arrière pour faciliter la progression de la proie, et l’avant de la bouche dispose d’un organe appelé glotte, qui permet au serpent de respirer, et ce, même lorsqu’il ingère sa proie. Finalement, l’absence de sternum permet au corps de s’étirer afin de faire passer les proies les plus grosses, sans endommager le corps du serpent. Après avoir mangé, le serpent va souvent se cacher pour digérer tranquillement. Pendant ce temps, songe-t-il à la saveur exquise qu’avait son repas? C’est peu probable, car le serpent n’a pas de papilles gustatives, et donc ne peut goûter ce qu’il ingère! Mais il faut bien se nourrir, goût pas goût…

couleuvre_mince_thamnophis_sauritus
Photo: Nicholas Bertrand

L’ensemble de ces caractéristiques font du serpent un excellent chasseur, bien adapté à son type de proie. C’est un animal fort utile dans le contrôle de la vermine et de plusieurs espèces nuisibles. Si vous remarquez la présence d’une couleuvre sur votre terrain, ne soyez pas trop prompt à la chasser, car sa présence témoigne aussi de celle de rongeurs. Ce dératiseur naturel est un moyen efficace pour contrôler les indésirables, et même s’il vous flanque une bonne frousse, gardez en tête qu’au Québec, les serpents sont tous sans danger pour l’Homme. En fait, la pauvre bête a sans doute encore plus peur de vous, que vous d’elle!