Les conditions d’élevage des animaux domestiques au Québec

Depuis déjà plusieurs mois, les amoureux des chiens publient sur le Web et font pression auprès du gouvernement québécois, d’Anima Québec et du MAPAQ pour réglementer plus sévèrement les chenils (propriétaires de quatre chiens et plus), pour donner plus de pouvoir aux inspecteurs et ainsi augmenter les amendes des contrevenants. La plupart des gens impliqués dans ces moyens de pression ne sont malheureusement pas des éleveurs ou ils possèdent une expérience assez limitée de l’élevage réel. Mais qu’est-ce que l’élevage au Québec?

Je ne me permettrai pas de vous parler des conditions idéales pour les élevages d’oiseaux de volière, de perroquets, de hérissons, de reptiles ou de rongeurs, puisque ceux-ci me sont pratiquement inconnus, mais laissez-moi vous parler de ce que je connais grâce à ma formation et mon expérience sur le terrain.

animosource-0632Le Québec est d’abord et avant tout une province où l’agriculture est prédominante. On y retrouve des élevages de volailles, de bovins, de porcs, de bisons et j’en passe! Des entreprises de production laitière, d’œufs et de laine font aussi partie du paysage de l’élevage. Si on veut réglementer les élevages québécois, c’est globalement qu’il faut le faire, et non en s’en prenant uniquement aux chenils et aux chatteries. En effet, quelle est la différence entre avoir un troupeau de 50 têtes de bétail, un chenil de 50 chiens ou une chatterie de 50 chats? Aucune!

En fait, la seule et unique différence est que le troupeau sert à nourrir l’humain alors que le chenil et la chatterie… eh bien on ne mange ni de chien, ni de chat! Les chiens et les chats, on les cajole. Ils entrent dans nos maisons et on les qualifie d’animaux de compagnie. Je me vois mal avec une vache au milieu de mon salon! Alors, comment se fait-il que les chenils soient toujours pointés du doigt? Ce sont les conditions d’élevage en général qu’il faut revoir, et non pas le nombre de chiens ou de chats! C’est la formation et la reconnaissance de la profession d’éleveur qu’il faut revoir, et non pas une réglementation castratrice et quasi anticonstitutionnelle!

Les plaignants actuels prétendent-ils que seuls le chien et le chat ont des besoins sociaux? Sommes-nous revenus aux années 60, alors que Skinner expliquait à ses étudiants que l’animal n’avait pas d’émotions ou d’intelligence parce qu’on ne pouvait pas mesurer ce qu’il y avait à l’intérieur de cette « boîte noire » nommée cerveau? En effet, pensant que l’animal était une simple machine qui répondait à des stimuli, Skinner disait qu’il était inutile d’étudier le cerveau et son fonctionnement, puisque nous avions le conditionnement! Wow! Quelle belle façon de penser, n’est-ce pas : le comportement pouvant être modelé par le renforcement positif et négatif, inutile de perdre son temps!

Temple Grandin, autiste et diplômée universitaire très connue aux États-Unis pour ses travaux auprès des producteurs agricoles, a un tout autre point de vue sur le sujet : « L’animal a besoin d’un compagnon de son espèce. Vache, poule, chien, cheval… peu importe, ils ont tous besoin de vivre en groupe. »

animosource-0225L’attachement social est un mécanisme de survie. Seul, on est vulnérable et on ne peut survivre. En groupe, on peut jouer, s’amuser et s’entraider… encore faut-il ne pas vivre dans des conditions de surpopulation! Personne ne sait pourquoi les animaux aiment jouer, mais pour leur équilibre psychologique, le jeu est indispensable à tous… pas seulement pour le chien et le chat! Le jeu abaisse le niveau de stress et d’anxiété. Le jeu est important pour la croissance et le développement du cerveau, ainsi que pour la socialisation… c’est-à-dire l’attachement social à un groupe.

John Buyers et Curt Walker ont développé une théorie intéressante à propos du jeu. Selon eux, le jeu aide la croissance de bonnes connexions du cérébulum, qui est la partie du cerveau contrôlant la posture, l’équilibre et la coordination. De son côté, Jean Piaget expliquait déjà depuis longtemps que : « Le mouvement est à la base de l’apprentissage. Le mouvement physique est la base de l’intelligence académique, sociale et émotionnelle. »

Le jeu et le contact social étant importants pour tout animal, pouvez-vous m’expliquer pourquoi on tolère l’élevage intensif? Quelle est la différence entre :

  • 50 vaches laitières attachées jour et nuit pour produire du lait
  • 50 bovins enfermés dans un bâtiment de stabulation libre, piétinant dans leurs excréments… pour produire du steak
  • 50 porcs enfermés dans un bâtiment pour produire du bacon
  • 50 truies debout, jour et nuit, dans une « cage » pour ne pas écraser ses petits
  • 50 poulets entassés dans un bâtiment à faible luminosité pour éviter les bagarres et les tueries qui seraient causées par cette surpopulation
  • 50 poules enfermées dans des cages, sans pouvoir bouger, et poussées à pondre quotidiennement nos œufs
  • 50 chevaux enfermés dans leur box, sortis uniquement une ou deux fois par semaine parce que leurs propriétaires ne veulent pas payer de frais supplémentaires pour les sorties ou pour les faire longer ou monter
  • 50 chiens enfermés dans des cages dans un refuge ou une SPA… ou dans un élevage
  • 50 chiens enfermés dans des enclos de type « runs »

Bref, des exemples, je pourrais vous en donner des dizaines d’autres. Où est le contact social de l’espèce quand l’animal est séparé de son voisin par une grille ou un mur? Où est le jeu quand ces animaux sont entassés dans un environnement fermé? L’élevage vert, l’élevage en liberté, devrait être la norme et non considéré comme une simple lubie de certains producteurs.

Vous voulez exiger des éleveurs que leurs chiens ou leurs chats aient un contact social quotidien ainsi que des périodes de jeu, mais quand exigerez-vous la même chose des producteurs bovins, porcins, ovins, caprins, etc.? Attaquez-vous aux producteurs agricoles et l’UPA sera là pour défendre leurs droits! Mais qui est là pour défendre les droits des éleveurs de chiens et de chats?

Le MAPAQ veut obtenir des éleveurs de chiens et de chats qu’ils paient un « droit d’exploitation » pour un chenil ou une chatterie sans offrir de reconnaissance agricole à ces éleveurs. Pourtant, la majorité des municipalités exigent que l’éleveur de chiens habite en zone agricole pour obtenir un permis de chenil. Très peu de municipalités délivrent un permis de chatterie… le chat étant encore considéré comme un animal de grange qui bouffe les mulots! Comme le chien et le chat ne sont pas considérés pour « usage agricole », selon les normes du MAPAQ et des autres organismes intervenant en agriculture, les éleveurs doivent donc trouver un usage agricole reconnu à la propriété qu’ils veulent acheter,

Homeless dogs behind fence in shelter

s’ils veulent obtenir le financement hypothécaire.

Payer un droit d’exploitation au MAPAQ, pour un chenil ou une chatterie, est une bonne idée si on offre en retour une reconnaissance agricole à ces éleveurs! Cette reconnaissance agricole faciliterait le contrôle et le financement (installations, infrastructures) des élevages de chiens et de chats, ainsi que des entreprises de chiens de traîneaux. Reconnaissance agricole serait synonyme de métier reconnu, et on aurait enfin droit à un DEP en élevage canin et félin! Reconnaissance agricole nous donnerait accès à des droits et des obligations… et non à de simples lois interprétées par tout un chacun.

Les amateurs de chiens comparent souvent ce qui se fait ici et en France. En France, il existe deux catégories d’éleveurs : amateurs et professionnels. L’éleveur professionnel est celui qui possède cinq chiens et plus et/ou qui produit plus de deux portées par année. Pour obtenir le statut de professionnel, cet éleveur est obligé de réussir un cours équivalent à un DEP. Ce DEP fait en sorte que l’éleveur est considéré comme un exploitant agricole, l’obligeant ainsi à déclarer ses ventes de chiots (ou de chatons) et à payer les taxes et impôts applicables. Ce statut donne à ces « producteurs agricoles » des droits et des obligations comme pour tous les producteurs de viande et autres produits de la ferme. Ils ont accès à un syndicat d’élevage pour protéger leurs droits et au financement agricole pour l’achat de leur propriété rurale. Ils ont accès à des rabais sur achats (nourriture, accessoires, frais de vétérinaire, etc.) pour l’exploitation de leur chenil.

Le MAPAQ ne peut pas exiger un droit d’exploitation sans offrir aux éleveurs une reconnaissance en retour! Le MAPAQ ne peut pas librement agir en « tontonmacoute » avec ses lois et ses cotisations. Est-on dans une dictature? Certainement pas! Alors pourquoi les vrais éleveurs ne sont-ils pas consultés? Laisserez-vous les inspecteurs, les membres des refuges/SPA et les vétérinaires décider pour vous, éleveurs, alors que ces gens n’ont aucune expérience réelle de l’élevage tel que vous le connaissez?

Woman instructing dogs outside

Depuis des années, je le dis : « Un DEP en élevage canin et félin ainsi qu’un DEP en éducation canine seraient un atout majeur dans la gestion des élevages et des écoles d’obéissance. » La personne qui veut obtenir un permis de chenil/chatterie serait dans l’obligation d’avoir réussi son DEP en élevage. Cette mesure aiderait fortement à fermer les véritables usines à chiots/chatons (puppymills et kittymills). Les éleveurs auraient accès à la formation et devraient se conformer à des normes agricoles en élevage, et non à de simples interprétations de la Loi actuelle faites par des inspecteurs d’Anima Québec ou des SPA. De plus, l’exploitant agricole d’un chenil ou d’une chatterie ne pourrait plus pratiquer l’élevage au noir, dans l’illégalité. Des centaines d’éleveurs au Québec ne déclarent pas leurs ventes au niveau fiscal. L’éleveur reconnu comme producteur agricole serait dans l’obligation de s’inscrire au registre des entreprises du Québec et auprès du registre reconnu des exploitations agricoles, qui serait créé spécifiquement pour les chenils et les chatteries.

Les éleveurs seraient enfin des professionnels formés et diplômés au même titre qu’un avocat ou un paramédic, car même si nul n’est censé ignorer la Loi, ça ne donne pas au citoyen le droit d’ouvrir un cabinet sans avoir réussi son Barreau, et même si ce citoyen a réussi un cours de premiers soins, ça ne lui donne pas le droit de travailler pour un service ambulancier dans le transport des patients. Ça devrait être pareil pour les métiers du chien!

Donnons à César ce qui lui appartient! Donnons aux éleveurs de chiens et de chats le statut d’amateur ou de professionnel et donnons aux éleveurs professionnels le statut de producteur agricole, et c’est cette mesure qui permettra un réel contrôle des élevages québécois. Le gouvernement ne peut pas imposer une loi sous forme de paiement pour un droit d’exploitation sans offrir quelque chose de concret aux éleveurs, sans quoi ce serait une gestion semblable à celle d’une dictature. À quoi bon tenter de limiter le nombre de chiens ou de chats dans un élevage si cette mesure n’est pas applicable aux autres élevages agricoles? Sur quoi peut-on se baser pour dire qu’un éleveur ne peut pas s’occuper seul de plus de 10 chiens, alors qu’il serait autorisé à avoir 50 bovins ou 100 poulets? La majorité des éleveurs ont un travail autre que celui d’élever des chats ou des chiens. On ne peut pas comparer l’éleveur qui vit de son élevage, tel un producteur agricole, et celui qui travaille 40 heures par semaine à l’extérieur et dont l’élevage n’est qu’un hobby; tout comme on ne peut comparer des pommes et des oranges. Ce n’est pas le nombre de chiens/chats ou le nombre de portées produites annuellement qu’il faut tenter de limiter par des règlements bidon. Offrons une formation reconnue et de l’aide aux éleveurs au lieu de tenter de les éliminer. Plus on tentera de les éliminer, plus ils se cacheront dans l’illégalité.

Faudra-t-il que les éleveurs de chiens et de chats descendent dans les rues et manifestent tout comme les étudiants ont fait pour faire voir leurs droits respectés? Faudra-t-il écoper de règlements proposés par des gens qui ne comprennent pas les réalités de l’élevage et de ses nombreux impondérables? Faudra-t-il, dans le seul but de se conformer à la norme du nombre d’individus dans l’élevage, envoyer nos retraités à l’abattoir de façon prématurée?

Un administrateur de SPA n’est pas un éleveur.

Un éducateur canin ou un spécialiste en comportement canin n’est pas un éleveur.

Un propriétaire de pension ou d’une entreprise de toilettage n’est pas un éleveur.

Un vétérinaire n’est pas formé comme éleveur.

Vous voulez réglementer les élevages de chiens et de chats? Travaillez en collaboration avec TOUS les éleveurs et non contre eux. Attendez-vous à ce qu’après le repas de leurs chiens/chats, ils descendent dans les rues, gamelles à la main, pour enfin leur donner des droits?