Le jeune cheval ou le poulain : un choix à considérer


Depuis quelque temps, je travaille sur le débourrage d’une jeune pouliche qui me donne du fil à retordre. Plus le temps avance, et ce, malgré plus de vingt années d’expérience derrière la cravate, je m’aperçois qu’on trouve toujours des poulains qui sont beaucoup plus difficiles à cette étape de leur vie. Je voulais aujourd’hui vous apporter mon expérience lorsque vient le temps de faire un choix entre prendre un poulain ou un jeune cheval comme première monture.

Tout d’abord, que voulez-vous vraiment? Pourquoi faire le choix d’avoir un cheval? Vous avez fait de l’équitation pendant votre enfance, vous rêvez de posséder votre monture depuis des lustres? Peu importe votre vraie raison, tant et aussi longtemps que vous avez pris le temps de penser à la pension, au maréchal, au vétérinaire, à la nourriture (s’il est chez vous), etc. Prendre en considération tous ces points est un facteur décisif avant toute chose. Le choix du cheval viendra ensuite.5-10

Bon, vous êtes fin prêt, et vous avez pris la décision d’avoir un poulain. Mais pourquoi donc un poulain comme première monture? La plupart me diront que, en le prenant plus jeune, celui-ci se fera une meilleure attache envers le propriétaire. Ou encore, parce que le poulain est moins cher que le cheval adulte. Les raisons sont multiples, mais les raisons valables sont des plus rares.

Votre niveau de connaissances :

Où se situe votre connaissance équestre au moment de votre achat? Là est la question. Si votre niveau équestre est débutant, je vous déconseille fortement de choisir un cheval avec aussi peu d’expérience. La raison est bien simple : un jeune cheval a besoin d’un bon encadrement. Vous devez le travailler avec douceur, tout en étant ferme au bon moment, vous devez savoir vous imposer sans être brutal. Là est la subtilité du poulain ou du jeune cheval. Mais peu de personnes sont aptes à travailler avec ces genres de chevaux. Je connais personnellement beaucoup de bons cavaliers qui ne possèdent pas de connaissances envers les jeunes chevaux. Ces personnes vont donc avec une expérience de chevaux adultes qui ont tout vu. Le jeune cheval est imprévisible et chaotique. Une journée, il peut être une monture exemplaire et, le lendemain, il peut totalement disjoncter à la vue de choses très simples, comme une feuille au vent. D’où l’importance que le cheval soit pris en main par une personne d’expérience avec les jeunes chevaux.

La personne n’ayant aucune expérience avec les chevaux ne peut comprendre les comportements parfois étranges que peuvent avoir de jeunes poulains. Le problème dans certaines situations est que la personne inexpérimentée n’a aucune constance, ce qui est primordial lors du débourrage du jeune cheval. De plus, la personne qui ne connaît rien au cheval risque de développer une bête dangereuse. Ici, le terme « dangereux » est tout à fait adéquat. Certains penseront sûrement que je fais un peu d’exagération, mais je ne compte plus le nombre de chevaux que j’ai repris personnellement et qui avaient eu, comme première famille, des personnes de bonne foi avec une gentillesse parfaite, mais la douceur et la gentillesse ne sont pas les seuls besoins du jeune cheval. Comme je le mentionnais un peu plus haut, le jeune cheval peut être, la plupart du temps, imprévisible et, malgré ses airs de parfait petit coquin, devenir un cheval avec des comportements déviants et brutaux.

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Entre un et deux ans, le poulain est en plein développement. Il teste tout ce qui l’entoure : ses congénères ou encore les humains qui s’occupent de lui. Dans un troupeau, le poulain ne manquera pas de se faire remettre à sa place par les autres chevaux du groupe. Par contre, chez le propriétaire, la remise en place d’un comportement non souhaité est souvent tolérée par manque de connaissances ou par manque de moyens. Et c’est malheureusement dans ces cas-là que le jeune devient alors difficile et irrespectueux envers son propriétaire. Et pourtant, c’est justement durant ces moments-là qu’il faut commencer à établir le respect. Eh oui, le mot respect est un terme qu’on utilise pour parler de la façon dont le cheval agit envers son leader, selon les circonstances. On dira d’un cheval qui bouscule son meneur en laisse qu’il manque de respect flagrant. Tandis que le même cheval qui ne dépasse pas l’épaule de son meneur avec une tête un peu pendante aura un bon respect envers son meneur. C’est ce second qu’on recherche en toutes circonstances. Chez le jeune poulain, c’est dès les premières manipulations que le respect doit être acquis. Ce seront alors de bons comportements qui seront assimilés dès le plus jeune âge.

Le tout semble bien simple écrit comme cela, mais il n’en est rien en pratique. C’est pourquoi il est très important de n’avoir aucune peur envers les chevaux. Ce n’est souvent pas le cas des gens qui débutent en équitation. Combien de fois vois-je des gens possédant des chevaux tout à fait bien dressés qui, par simple peur de petites choses que font leur monture, m’appellent en me disant : « Je ne sais pas pourquoi, mon cheval n’arrête pas de me bousculer lorsque je le sors de l’écurie. » Après une rencontre, je m’aperçois en fait que la personne s’est déjà fait piler sur les pieds auparavant et, depuis, par peur que cela se reproduise, laisse le cheval sortir de son box au bout de la laisse, sans aucune remise en place. Le cheval prend alors rapidement le dessus sur son meneur. De simples problèmes peuvent être rapidement réglés si une prise en charge est faite adéquatement. Mais celle-ci ne doit pas tarder.

Comme vous le constaterez, la possession d’un poulain ou d’un jeune cheval est vraiment un pensez-y-bien. Je ne le conseille donc pas à des propriétaires novices en la matière. Préférez l’achat d’un cheval adulte qui a fait du chemin et qui est sécuritaire pour tous. Si le choix vous effleure l’esprit après toutes ces explications, prévoyez avoir quelqu’un de présent qui saura vous aider avec votre jeune partenaire.