Le débourrage du jeune cheval, partie 1


Le travail au sol

Le mois dernier, je vous parlais du choix d’un poulain comme première monture. Aujourd’hui, je fais un peu le suivi avec ce texte. Je souhaitais vous donner des informations au sujet de la façon dont se déroulent le débourrage et le dressage d’un jeune cheval.

Le travail au sol est une étape essentielle lors du dressage du cheval. Il permet d’établir le respect entre le meneur et son cheval, la désensibilisation aux objets de ses peurs et de ses inconforts. Cela permettra ainsi un travail sécuritaire dans le futur. Une confiance se développera davantage entre le cavalier et sa monture une fois que le travail au sol aura été finement effectué. On ne peut passer par-dessus cette étape, car elle est cruciale. Si celle-ci n’est pas effectuée, un manque flagrant se fera sentir lors des premières montes et le risque de chutes ou de révoltes inutiles seront alors à prévoir.

Le plus intéressant du travail au sol est qu’il peut être commencé dès le plus jeune âge. Dès le sevrage, celui-ci pourra être utilisé, car ce moment est idéal pour débuter. La coupure avec la mère se fera d’autant plus facilement, car il remplacera celle-ci par votre présence. Rapidement, il acceptera de vous suivre n’importe où.

Le débourrage du jeune poulain

À cette étape de sa vie, le jeune poulain est très impétueux et il a parfois des comportements un peu violents envers nous, car il nous prend pour un congénère bien amusant. Il sera alors très important de le remettre à sa place et de ne pas accepter qu’il se cabre, qu’il rue ou qu’il morde. Ses petits méfaits devront être corrigés sur-le-champ. Une réprimande de la laisse (petite secousse sur celle-ci) accompagnée d’un «non» ferme est habituellement suffisante pour remettre le jeune querelleur à sa place. Il est vraiment important, à cette étape de sa vie, qu’il soit bien encadré, car c’est exactement à ce moment que son futur bon ou mauvais comportement se dévoilera. Si vous croyez ne pas avoir la fermeté nécessaire pour replacer votre petit protégé, n’hésitez pas de demander à quelqu’un de compétent de le faire pour vous. Il est plus difficile de retravailler un cheval qui est mal débourré qu’un poulain qui ne connaît pas grand-chose. Est-ce plus facile de corriger un adulte avec un mauvais pli ou un enfant qui le commence. Je crois que la réponse parle d’elle-même. Chez le poulain, c’est la même chose. Savoir reconnaître ses limites, c’est accepter de partir sur de bonnes bases. Toutefois, il est important de savoir choisir son dresseur avec soin. Beaucoup se disent dresseurs de chevaux, mais peu savent le faire dans le respect de la bête, l’orgueil et la fierté étant plus forts parfois. Sachez les reconnaître et ne vous laissez pas berner par un CV hors pair. Permettez-vous de dire non si la méthode utilisée ne vous convient pas. C’est tout de même vous qui payez pour faire dresser votre cheval. De plus, il est question de votre future monture!

Beaucoup de gens me disent qu’ils détestent le travail au sol. Il en était de même pour moi il y a quelques années, jusqu’à ce que je comprenne réellement l’importance de celui-ci. Comment pourrais-je expliquer celui-ci de façon à ce que vous compreniez réellement son importance dans le débourrage de votre poulain? En fait, le travail au sol est la base du dressage, car la plupart des comportements souhaitables ne peuvent être appris que par un travail au sol fréquent et rigoureux. Le tout doit être effectué dans le calme et la patience. Un poulain reste un animal nerveux et qui s’emballe facilement. Tout le temps que vous passerez avec lui sera gagné par la suite lorsque le moment sera venu de le monter. Si le travail au sol a bien été effectué et que votre jeune cheval n’a plus peur de rien, une fois le moment venu, celui-ci sera d’autant plus facile à dresser lors de la monte. Le temps deviendra alors votre allié. Plus vous passerez du temps avec lui et plus vous développerez une relation de confiance. Il faut également que les moments passés en votre compagnie soient positifs, c’est-à-dire qu’ils doivent toujours se terminer sur une bonne note. Chaque fois que vous irez le voir, profitez de moments de détente entre les exercices pour rendre celui-ci agréable. Une période de grattage ou de pansage sera la bienvenue. Ne laissez jamais un exercice se terminer en queue de poisson. Il sera même primordial de vous assurer de terminer sur quelque chose de connu plutôt que d’insister sur quelque chose d’inconnu.

Le travail au sol

Dès leur plus jeune âge, on parlera de désensibilisation chez le poulain. C’est le terme que l’on utilise pour identifier l’action de rendre l’animal insensible à certaines choses. Il sera alors primordial de voir à ce que votre poulain soit désensibilisé au plus grand nombre de choses possibles. Par exemple, un chien attaché à sa niche, des flaques d’eau dans la cour, des boîtes aux lettres, des bâches qui volent au vent, des véhicules à moteur de toutes sortes. Ces quelques exemples sont une infime possibilité de désensibilisation aux objets existants. Ces objets sont en quelque sorte là pour rendre vos futures randonnées agréables et non imprévisibles.

Bien souvent, ces simples objets de notre quotidien deviennent une vraie calomnie pour nos chevaux adorés, car pour eux, qui ne sont que des proies, tout ce qui bouge ou qui fait un vacarme d’enfer devient un prédateur potentiel. C’est pourquoi il y a tant d’accidents. Les gens n’identifient pas les peurs de leurs chevaux et ne les désensibilisent que peu ou pas du tout. La façon de procéder lors des premières fois et quasi identique pour chaque situation. Il faut parfois s’adapter un peu, mais la plupart du temps, il faut agir de la manière suivante : présenter l’objet de la crainte en permettant à l’animal d’avoir une liberté d’encolure. Ne bloquez pas sa tête, car cela ne ferait qu’accroître son insécurité. Il doit toujours être intéressé par l’objet en question, et dès que son intérêt se détourne de celui-ci, ramenez sa tête vers l’objet et rapprochez votre cheval vers celui-ci de façon à ce qu’il reste toujours en contact visuel avec ce dernier. Dès que votre chéri montre des signes de volonté, soit marcher vers l’objet ou étirer l’encolure pour renâcler l’objet de ses peurs, n’hésitez pas a le féliciter chaleureusement. Dès que l’objet en question ne le préoccupe plus du tout. Vous pouvez revenir avec un autre exercice semblable pour voir l’assimilation, ou encore rester sur cette note positive et recommencer ultérieurement. Cela doit se répéter pour tous les objets mentionnés.

D’autres exercices tout aussi importants sont à prévoir lors du travail au sol. Par exemple, il faut lui apprendre à céder à la pression. Cet exercice permet ainsi d’éviter le système d’opposition qui s’installe lorsqu’il y a une pression qui s’effectue. Je m’explique. Je suis dans l’allée centrale et mon cheval vient de piler sur ma longe, qui traînait au sol. De peur que celui-ci tire au renard en relevant la tête et en sentant qu’il est pris, je lui demande de se déplacer latéralement pour dégager sa patte de la longe. Pour ce faire, j’applique une petite pression sur son épaule. Tout bon cheval bien éduqué comprendra immédiatement la demande et se déplacera sur-le-champ. Par contre, le jeune cheval qui ne connaît pas la méthode de céder à la pression réagira contrairement à la demande et résistera à celle-ci. C’est un automatisme, tout simplement. Même les humains utilisent le système d’opposition plusieurs fois par jour. Il est donc important de déprogrammer le cheval afin de ne pas résister à la demande, mais bien de céder à celle-ci. Elle pourrait alors vous être très utile lors de déplacements rapides, comme lorsqu’un pied est écrasé sous un sabot. Un cheval qui ne connaît pas la méthode résistera lorsque le meneur lui demandera de se tasser de son pied écrabouillé. Vos pieds vous en seront reconnaissants si vous lui apprenez ce rudiment simple, mais fort utile.

L’exercice du céder à la pression est utilisé pour toutes les parties du corps : les pattes pour lui apprendre à se faire curer les pieds ou lorsque le forgeron vient pour la trime, la tête pour passer le licou à une hauteur accessible ou pour ne pas tirer au renard. Par ailleurs, la pression sur la poitrine aidera lors des premières demandes pour reculer. Chaque pression devient un jeu qui, en fait, revient à faire travailler des points qui seront sollicités lors d’autres exercices plus précis, mais qui sont, ici, la base du commencement du bon maintien et de l’acceptation de bien des choses.

Le mois prochain, je vous ferai part des autres exercices à faire au sol pour finaliser la préparation de la mise en forme du jeune cheval avant de commencer ses débuts à la selle. Bon travail et, surtout, bonne patience, car celle-ci sera la vertu qui vous aidera dans ce long périple qui s’avérera bien gratifiant.