L’abandon et l’adoption


Adopter un animal est une décision sérieuse que l’on ne doit pas prendre à la légère. Lorsqu’on s’engage à adopter un animal, il faut penser que c’est un contrat de plusieurs années. Il faut savoir se poser les bonnes questions afin de faire le bon choix. Beaucoup de chiens et de chats se retrouvent abandonnés par leurs maîtres parce que ceux-ci n’ont pas pris la bonne décision. Voici comment ça se passe lorsque les animaux se retrouvent à la SPCA. Pour ce faire, nous rencontrons le Dr Louise Charest, vétérinaire, qui travaille également à la SPCA de Laurentides-Labelle.

abandon_adoption_04Diane : Bonjour Dr Charest!

Dr Charest : Bonjour Diane!

Diane : Aujourd’hui, nous allons discuter de l’adoption?

Dr Charest : Bien sûr! Cela me fait toujours plaisir de répondre à vos questions!

Diane : Pour commencer, j’aimerais que vous nous parliez de votre rôle à la SPCA de Laurentides-Labelle?

Dr Charest : Mon rôle principal est d’être la vétérinaire des chirurgies. J’y travaille deux à trois jours par semaine, et je fais la stérilisation de tous les animaux qui arrivent au centre et qui seront offerts à l’adoption. Nous stérilisons tous les animaux. Tant qu’ils ne sont pas stérilisés, ceux-ci demeurent la propriété de la SPCA. Mis à part la stérilisation, je fais aussi des chirurgies correctrices, par exemple, les entropions, qui sont des problèmes de paupières retournées vers l’intérieur de l’œil et qui blessent la cornée. C’est souvent une malformation congénitale donc, afin que l’animal soit bien dans sa future famille après l’adoption, je vais corriger ce problème. Je fais également d’autres chirurgies, comme enlever des griffes en trop et qui pourraient cause des problèmes plus tard (les ergots non articulés), des masses, des tumeurs mammaires, etc. Nous faisons toutes sortes de chirurgies correctrices.

Mon deuxième rôle est d’examiner les animaux qui ont subi des chirurgies, ceux qui sont malades et ceux qui sont en quarantaine. Il y a une autre vétérinaire qui vient également une fois par semaine pour faire le suivi, les vaccins, les programmes de vermifuges, les examens de routine et des malades.

Diane : Donc, si je comprends bien, j’arrive à la SPCA et j’adopte un chien qui vient tout juste d’arriver, mais je ne peux pas l’adopter tant qu’il n’a pas été stérilisé?

Dr Charest : Dans les cas d’adoption où les chiens sont trop jeunes, le propriétaire s’engage à revenir plus tard pour la stérilisation. Parfois, il y a certaines chirurgies que l’on doit reporter à plus tard. Par exemple, si une chienne est en chaleurs, il est préférable d’attendre que ses chaleurs soient terminées.

abandon_adoption_05Diane : Est-ce que vous recevez beaucoup d’animaux?

Dr Charest : Au cours de l’année qui vient de se terminer, nous avons accueilli plus de 1200 animaux, et je ne compte que ceux de la SPCA de Laurentides-Labelle…

Diane : Avez-vous plus de chiens ou de chats?

Dr Charest : Nous avons plus de chats : nous avons une capacité de plus de 150 chats et plus de 20 chiens sur place.

Diane : Est-ce qu’il vous arrive de manquer d’espace?

Dr Charest : Il arrive souvent que nous soyons obligés de refuser des nouvelles admissions (surtout des chats). Dans ces cas-là, nous incitons les gens à essayer de leur trouver un bon foyer, ou nous les référons à d’autres refuges.

Diane : Est-ce que cela se peut que les autres SPCA n’aient pas de place non plus?

Dr Charest : Cela dépend du fonctionnement de chaque SPCA. Ici, à Laurentides-Labelle, nous sommes une SPCA No Kill, ce qui signifie sans euthanasie nécessaire. Les euthanasies nécessaires sont, par exemple, des cas d’agressivité chez les chiens (ceux qui mordent), des problèmes de santé qui ne se guérissent pas ou qui nécessiteraient beaucoup trop de soins, sans grand espoir de guérison. Nous avons également eu des problèmes comme l’insuffisance rénale chez le chat, ce qui fait dépérir l’animal très rapidement, et cela nécessite beaucoup de soins, donc nous avons dû les euthanasier. En résumé, les raisons d’euthanasier un animal sont reliées à des problèmes médicaux graves ou à des problèmes de comportement. Par contre, plusieurs SPCA fonctionnent avec un roulement, c’est-à-dire qu’elles acceptent tout ce qu’elles peuvent comme chiens et chats, mais si ceux-ci ne sont pas adoptables ou s’ils ne sont pas adoptés au bout d’un certain temps, ils vont les euthanasier. Il y aussi les SPCA qui ont des contrats avec plusieurs municipalités, ce qui les contraint à recueillir beaucoup d’animaux; surtout si elles recueillent également les chats. Mais nous, étant donné que nous sommes une SPCA No Kill, aucune euthanasie n’est pratiquée sur un animal en santé. Donc, s’il n’y a pas d’adoption pendant un certain temps, et que nous sommes complets, nous ne pouvons accepter d’autres animaux jusqu’à ce que de nouvelles places se libèrent.

abandon_adoption_02Diane : Comment ces animaux se retrouvent-ils à la SPCA?

Dr Charest : Il faut dire qu’il y a différents types d’abandon. Nous avons un contrat avec la municipalité et nous recueillons les chiens errants. De plus, les citoyens peuvent nous amener un animal trouvé ou leur propre animal, qu’ils ne veulent plus garder pour diverses raisons. À ce moment-là, il y a des frais de prise en charge afin de donner les vaccins à l’animal, les vermifuges, tous les examens nécessaires, sans oublier la mise en quarantaine de l’animal avant de le remettre en adoption. Il y a aussi les saisies, les animaux maltraités ou mal entretenus par leur propriétaire qui peuvent, selon la loi (Loi P-42) être saisis et pris en charge par des refuges (comme ce fut le cas des 525 chiens en Outaouais).

Diane : Et vous les acceptez tous sans condition?

Dr Charest : Oui, si nous avons de la place. Il se peut que l’on reçoive un bel animal en santé et que nous soyons obligés de le refuser. Mais ce que nous refusons le plus souvent, ce sont les portées de chatons, car les chatons nécessitent beaucoup de soins et demandent un plus long intervalle de temps avant de pouvoir se faire adopter. Il y a tellement d’abandons de portées de chatons qu’à un moment donné, on déborde. Dans ces cas-là, on incite les gens à faire les démarches afin de leur trouver de bonnes familles.

Diane : Et du côté des chiens?

Dr Charest : Chez les chiens, il y a un plus grand roulement, et c’est plus rare qu’ils soient refusés, mais je ne peux pas dire qu’il n’y en a pas.

Diane : Est-ce que les animaux recueillis sont gardés longtemps?

Dr Charest : Nous les gardons environ deux semaines minimum, le temps qu’ils aient reçu les soins initiaux, qu’ils soient évalués (comportement du chien, etc.) et qu’ils sortent de la quarantaine. Ensuite, on les garde jusqu’à ce qu’ils soient adoptés. Cela peut prendre deux mois, deux ans, tout dépend. Je peux dire qu’il y en a que ça fait longtemps qui sont là.

Diane : Je croyais que beaucoup d’euthanasies étaient pratiquées à la SPCA.

Dr Charest : À la SPCALL, ce sont les euthanasies nécessaires uniquement. Mais dans certaines SPCA, oui, il y en a beaucoup faute de place et du manque d’adoption.

Diane : Trouvez-vous qu’il y a beaucoup de négligence de la part des propriétaires d’animaux?

Dr Charest : Il est certain qu’au refuge, on voit rarement les animaux les plus toilettés ou les plus choyés par leur propriétaire. Une personne qui aime beaucoup son animal essaiera probablement de le relocaliser chez une personne qu’elle connaît, ou encore dans une bonne famille avant de penser à aller le porter dans un refuge. Ensuite, il y a les propriétaires d’animaux qui ne peuvent ou ne veulent pas garder leur animal plus longtemps et qui considèrent la SPCA comme une sortie de secours. C’est à ce moment-là que nous recevons au refuge des animaux parfois négligés par leur propriétaire.

abandon_adoption_03Diane : Comment pourrait-on conscientiser les gens au sujet du sérieux de l’adoption?

Dr Charest : Premièrement, en en parlant autour de nous. Le bouche à oreille sera toujours la façon la plus efficace de faire passer les messages. Les médias aussi parlent de plus en plus des dossiers d’animaux saisis, des usines à chiots, etc. De plus, les lois sur la protection des animaux ont toutes été révisées en ce sens qu’elles sont toutes devenues plus sévères. Tout ça fera en sorte que la population sera plus sensibilisée à ce problème. Par ailleurs, de plus en plus de vétérinaires sont contre l’euthanasie de convenance, c’est-à-dire quelqu’un qui vient porter un animal en santé parce qu’il n’en veut plus. Alors, le vétérinaire a le droit de refuser et de conseiller au propriétaire de trouver quelqu’un pour l’adopter.

Diane : Avec tous ces animaux abandonnés j’imagine que vous êtes en accord avec l’adoption d’un animal plus âgé plutôt que de choisir un chiot ou un chaton?

Dr Charest : Nous vivons dans l’ère de l’environnement, de la récupération et de la réutilisation, et c’est effectivement cette pensée que la SPCA prône. Si quelqu’un décide d’adopter un animal, pourquoi ne pas en adopter un qui est déjà prêt? En plus, c’est un geste de conscience sociale incroyable. Plusieurs pensent que nous offrons seulement des animaux adultes… il n’en est rien! Nous avons souvent des chatons adorables et des chiots irrésistibles. Ils partent cependant très vite, alors n’hésitez pas à visiter les SPA régulièrement afin d’avoir une chance de trouver le jeune animal dont vous rêvez. N’oubliez pas que lorsque vous adoptez, vous sauvez DEUX vies (celle de l’animal adopté et celle de l’animal qui peut prendre sa place au refuge)!

*** Les photos ne représentent pas la SPCA, ce sont des images génériques utilisées dans le contexte de l’article ***