La meilleure façon de faire mal à ton chien, ce n’est pas en le frappant avec le journal, c’est en le lisant.


La pensée du jour. La meilleure façon de faire mal à ton chien, ce n’est pas en le frappant avec le journal, c’est en le lisant.

Sérieux, tu peux arrêter de lire ici. Tout est résumé dans cette phrase là. Je parle encore de pitbull. Je ne pense pas que j’amène de nouveaux arguments. Je ne pense pas que je vais changer ton opinion. Je ne pense même pas que je dis de quoi que je n’ai pas déjà dit. En tout cas, si tu continues de lire, tu viendras pas me dire que je ne t’ai pas averti !

pitbull_3Joseph Facal est un homme éminemment lettré et cultivé. Je peux très bien comprendre que lorsque quelqu’un se propose pour lui faire son éducation sans que la personne se soit elle-même donné la peine de se qualifier, qu’on soit tenté de parler de pédagogie condescendante. Sauf que cette même condescendance comme plusieurs, je la ressens dans les écrits de monsieur Facal et probablement, que plusieurs personnes la ressentent dans mes écrits. C’est le propre de l’argumentation d’essayer de montrer la supériorité de ton point de vue. La condescendance est bien présente des deux côtés de la clôture.

Quand il écrit : « toujours les mêmes experts » et que le mot expert est entre guillemets, on comprend qu’il remet leur crédibilité en doute. Sauf que les experts entre guillemets, ce sont les éducateurs canins, la SPCA, les vétérinaires, Cesar Milan, etc. En fait, ceux qui ont une expérience pratique des chiens. Chez ces gens là, ça fait à peu près l’unanimité que de bannir la race des pitbulls, ça ne règlera rien. Évidemment, on peut rejeter du revers de la main l’avis des « experts » et on peut même trouver des justifications au rejet de leur « opinion », de leurs « statistiques », etc. Bien sûr qu’on peut mais est-ce que c’est habituellement la chose intelligente à faire?

Et parlant de statistique, je voudrais amener un point. Quand quelqu’un entre par effraction dans une maison pour voler et que le pitbull de la famille lui saute dessus au mépris de sa propre vie, dans les statistiques, ça compte comme une attaque de pitbull. Quand une femme promène son chien et qu’un homme tente de l’agresser sexuellement et que le chien défend sa maîtresse, statistiquement, ça compte comme une attaque de pitbull. Par contre, quand la fille ne se fait pas violer parce que l’agresseur a peur de son chien, ça, ça ne rentre pas dans les statistiques.

Là, où son article est venu m’interpeller même si je suis à mille lieues de partager son opinion c’est que je trouve qu’il met le doigt sur le moteur de toutes cette saga qui est la peur. Je cite monsieur Facal :

« Quand une peur est phobique, totalement irrationnelle, elle se soigne sans qu’il soit nécessaire de faire disparaître toutes les petites araignées. Quand une peur a une cause objective extérieure à nous, on agit sur la source du danger. »

Je crois que dans la peur, il y a toujours de l’irrationnel. Ce n’est pas parce que tu as peur que ta peur est justifiée et encore moins que tu es justifié d’éliminer l’objet de ta peur. Agir sur la source de ta peur… pourquoi avec l’être humain, ça veut nécessairement dire l’éliminer ? Tu identifies des terroristes, tu es en droit d’agir pour les contrer mais tu ne peux pas commencer à dire le problème, c’est les arabes ou pire ceux qui ont l’air des arabes avec la logique que la plupart des terroristes sont arabes donc si on élimine les arabes, on vient d’éliminer le terrorisme. Si on ouvre la porte à ça, on vient de justifier tous les génocides de l’histoire de l’humanité. Je sais qu’on va me dire : « Mercier, ce ne sont pas des humains, ce sont des chiens. » Philosophiquement parlant, je trouve que d’éliminer la race pitbull, sans égard à savoir si l’individu que tu euthanasies est un bon chien ou pas, c’est le même geste.

Pratiquement parlant, j’ai la cause des pitbulls à cœur parce que justement, je pense aux humains derrières. Je suis un amoureux des chiens mais je n’ai pas d’atomes crochus particulier pour la race pitbull. Je suis pour une réglementation qui viserait à prévenir les attaques de chien. Comme propriétaire de chien, je suis prêt à respecter mon contrat que mes chiens ne représenteront pas une menace pour vos enfants. Je suis prêt à faire énormément d’effort dans ce sens là. Je le fais déjà par civisme, et oui, monsieur Facal par civisme. J’aurais un pitbull, ça serait la même chose.

Quand ma grosse Maya (mon berger australien) va mourir, je me disais que j’aimerais avoir un berger allemand à poils longs. Sauf que là, je ne suis plus certain. Présentement, c’est correct un berger allemand mais dans deux ans, est-ce que les médias vont monter un fait divers en épingle et vont lancer une campagne de peur et que je vais me retrouver stigmatisé quasiment comme un criminel comme c’est le cas présentement avec les propriétaires de pitbull parce qu’un propriétaire de berger allemand va avoir agi comme un crisse de cave avec son berger allemand?

Dans son texte monsieur Facal se désole de l’égocentrisme, du narcissisme et de l’absence de civisme des « bons » propriétaires de pitbull mais admettait un peu plus haut dans son texte que leur pitbull n’avait probablement jamais attaqué personne. Il veut l’interdiction de la race mais en même temps semble admettre que ce n’est pas tellement le chien le problème autant que le propriétaire du chien.

C’est drôle, moi, je me désole de l’égocentrisme, du narcissisme et de l’absence de sensibilité de ceux qui veulent bannir les pitbulls peu importe que l’individu soit un bon chien ou pas. Je me met à la place du propriétaire de pitbull : « Mon chien est gentil et il ne fait pas de mal à personne. C’est un membre de notre famille. » Oui mais moi, j’ai peur ! « Mon chien m’a aidé à passer au travers de ma dépression. Si je suis encore en vie, c’est à cause de lui. » Oui mais moi, j’ai peur ! « Je suis un jeune garçon en fauteuil roulant et mon pitbull m’aide dans ma réadaptation. » Oui mais moi, j’ai peur ! « Mon chien, c’est la seule chose que j’ai dans la vie. Il n’a jamais fait de mal à personne. » Oui mais moi, j’ai peur !

prejuger_animaux_03Donc peu importe que je sois un bon maître ou pas, que mon chien soit un bon chien ou pas, peu importe, la réponse sera toujours bannissons les pitbulls puisque j’ai peur ? Il me semble que ça ne fait pas de sens. Maintenant que j’ai le cœur en miette parce que j’ai dû me débarrasser de mon chien avec qui j’avais un lien émotif très fort pour soulager TA peur j’aimerais que tu me dises quelle race de chien est-ce que j’ai le droit de me procurer pour être un être humain valable à tes yeux et que je n’aurai pas besoin de faire tuer selon la mode et l’hystérie du moment parce que je le sais que je vais être confronté dans le futur à ton intolérance?

Ultimement, je sais dans mon for intérieur que mon plaidoyer pour les chiens est voué à l’échec. Il n’y a aucune écoute et aucune ouverture ni d’un bord, ni de l’autre ce qui est caractéristique d’une hystérie collective et oui admettons-le, il y a plusieurs propriétaires de pitbull qui ternissent l’image de celui qui autrefois était appelé le « Nanny dog », la gardienne d’enfants en français.

Gandhi disait : « On peut juger la grandeur et la valeur morale d’une nation à la manière dont elle traite ses animaux. » Je suis obligé de donner raison à monsieur Facal, c’est vrai que le débat sur les pitbulls, ça en dit long sur notre société sauf qu’au lieu d’y voir un manque de civisme, le débat sur les chiens m’y fait plutôt y voir un manque d’humanisme.

Voici l’article pour la mise en contexte : http://www.journaldemontreal.com/…/le-pitbull-la-voisine-et…

Merci à Jean-François Mercier pour son autorisation de publier son article sur notre site