Dois-je faire vacciner mon animal?


Plusieurs personnes se demandent si elles doivent ou non faire vacciner leur animal de compagnie. Il y a plusieurs opinions différentes concernant la vaccination : certains disent qu’elle est inutile et d’autres, qu’elle est nécessaire. Comment s’y retrouver? Afin de nous éclairer, Louise Charest, docteur en médecine vétérinaire depuis 1998, répond à mes questions.

Diane : Bonjour Dr Charest.

Dr Charest: Bonjour Diane.

Diane : Je crois que vous travaillez actuellement avec les petits animaux à deux endroits différents?

Dr Charest : Effectivement, je travaille à la SPCA-Laurentides-Labelle, à Ste-Agathe-des-Monts, ainsi qu’à la Clinique Vétérinaire St-Sauveur, à St-Sauveur.

Vet and Dog, Chihuahua. The veterinarian exams the dog, checking its health

Diane : Quelles sont les maladies contagieuses les plus fréquentes, chez le chien et le chat, que nous pourrions prévenir par la vaccination?

Dr Charest : Celles que l’on voit le plus fréquemment en clinique, chez le chien, sont la toux de chenil, puis le parvovirus (qui s’attaque le plus souvent aux jeunes chiots). Les autres maladies, comme l’adénovirus, le distemper, la leptospirose et la rage sont plus rares, car le taux de vaccination est très élevé, entre autres. Cela ne veut cependant pas dire que ces maladies sont inexistantes et moins dangereuses.

Chez le chat, la rhinotrachéite est de loin le problème le plus fréquent. Viennent ensuite les autres maladies telles que la panleucopénie, le calicivirus, le virus de l’immunodéficience (ou VIH du chat), la leucémie féline et, finalement, la rage.

Diane : Si on revient à la toux de chenil, quels en sont les symptômes?

Dr Charest : La toux de chenil est souvent causée par une combinaison de bactéries (bordetella) et de virus (parainfluenza), et les principaux symptômes sont la fièvre, une toux sévère, des éternuements, de l’écoulement nasal et, finalement, des risques de pneumonie.

Diane : Et ça se traite bien?

Dr Charest : Oui, si l’animal est pris en charge rapidement et adéquatement.

Diane : Et le parvovirus, qu’en est-il?

Dr Charest : C’est en réalité une gastroentérite vraiment sévère qui est causée par un virus très résistant. Il provoque de fortes diarrhées, souvent hémorragiques, ainsi que des vomissements. Cette maladie entraîne la mort si elle n’est pas traitée. Chez les jeunes chiots, il faut agir très vite.

Diane : Est-ce que je peux faire vacciner mon animal juste pour ces deux maladies, soit la toux de chenil et le parvovirus?

Dr Charest : Oui, mais il faut faire la demande pour ne recevoir que le parvovirus (car celui-ci est contenu dans le vaccin de base avec les autres maladies). Toutefois, il est très rare que les clients nous demandent seulement le vaccin du parvovirus ou de la toux de chenil. Les gens qui vaccinent leur animal demandent la vaccination complète, car voyez-vous, ce qui fait que les autres maladies sont plus rares c’est que la vaccination est bien adoptée pour la plupart des chiens. Ce n’est pas parce que la maladie n’existe plus, mais parce qu’elle est moins fréquente en raison du haut taux de vaccination. Par contre, le risque est toujours là.

Diane : Et les autres maladies qui nécessitent un vaccin, sont-elles plus rares?

Dr Charest : Oui, on voit moins souvent, en clinique, des cas de leptospirose ou d’hépatite à adénovirus

Diane : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la leptospirose et l’hépatite à adénovirus?

Resting white puppy dog in studio

Dr Charest : La leptospirose est une maladie un peu moins fréquente et elle est moins facile à diagnostiquer, car elle cause des signes cliniques communs à d’autres maladies, et les signes neurologiques apparaîtront un peu plus tard. C’est aussi une maladie difficile à traiter. Un des vecteurs de la leptospirose est l’urine des petits rongeurs infectés. Par exemple, si vous allez en forêt avec votre animal où il y a des plans d’eau stagnants (ce qu’on appelle des trous d’eau), eh bien dans ces flaques, les petits rongeurs peuvent aller uriner, alors si votre animal boit de cette eau, il pourrait être contaminé par la leptospirose. C’est une maladie grave qui pourrait laisser des séquelles à votre animal, malgré un bon traitement vétérinaire.

Quant à l’hépatite à adénovirus, c’est une maladie virale aigüe causée par un adénovirus. Les symptômes sont la fièvre, les vomissements, la diarrhée, de petites hémorragies impliquant plusieurs muqueuses. La maladie se manifeste ensuite comme une encéphalite : l’animal devient moribond, désorienté. La transmission se fait principalement par contact direct avec des animaux infectés. Le virus peut être transmis par l’urine pour des périodes allant jusqu’à un an, et les chiens de tout âge sont sensibles à la maladie. Quant à ceux qui survivent à la maladie, ils peuvent développer une opacité cornéenne temporaire (hépatite « blue eye »). La maladie peut devenir chronique et conduire à une cirrhose du foie.

Diane : Diriez-vous qu’elles sont toutes dangereuses?

Dr Charest : Oui, toutes les maladies de vaccins sont très dangereuses pour notre animal, sauf la toux de chenil, qui se traite en général très bien. Pour simplifier la chose, la raison de faire vacciner un animal est basée sur deux points : pour protéger notre animal d’une maladie qui pourrait être très grave ou pour protéger notre animal d’une maladie qui est si contagieuse qu’on veut prévenir une propagation aux autres chiens environnants. Si l’on prend pour exemple la toux de chenil, qui est comparable à un gros rhume pour l’humain, eh bien elle est si contagieuse  que le vaccin est très recommandé, surtout pour les chiens qui participeront à des cours de dressage, des expositions, des regroupements canins ou qui se feront garder avec d’autres chiens. Il faut éviter à tout prix que notre animal soit malade et risque ainsi de contaminer tout le groupe.

Diane : Je crois qu’il y a deux formes de vaccin pour la toux de chenil : la vaccination intranasale et la vaccination sous-cutanée?

Dr Charest : Oui, celui que l’on introduit par les voies respiratoires prend effet en 24 à 48 heures et a une efficacité d’environ 6 à 12 mois. Celui par vaccination sous-cutanée peut prendre quelques semaines avant d’être complètement efficace et a une efficacité de un an environ.

Diane : Quels sont les symptômes de la rage?

Dr Charest : L’animal changera de comportement. Il peut perdre sa peur des humains ou devenir hyper-réactif. Il peut tenter de mordre tout ce qui s’approche de lui, ou devenir très amorphe. Plus la maladie s’installe, plus on voit apparaître des signes neurologiques : démarche anormale, paralysie, difficulté à avaler — même sa propre salive! La mort s’ensuit. Cette maladie peut se transmettre à l’Homme, d’où l’importance du vaccin.

Diane : De quoi est fait un vaccin et comment fonctionne-t-il?

Veterinarian giving injection insulin to a kitten

Dr Charest : Un vaccin est composé de deux éléments : un antigène du microbe, qui est un morceau du microbe mort mis dans le vaccin (ou un microbe entier qui sera affaibli avant de le mettre dans un vaccin vivant). Le deuxième élément est une partie chimique qu’on appelle adjuvant. J’aime bien comparer l’adjuvant à de la mélasse. Elle serait assez visqueuse pour retenir le microbe sur place le temps que les globules blancs réagissent à l’agresseur, et elle serait assez nourrissante pour que le microbe soit gardé en bon état tout ce temps. Plus les globules blancs viennent rencontrer cet agresseur, plus ils induisent la production d’anticorps, et plus l’animal sera protégé contre ce microbe par la suite. On injecte donc la maladie, en toute petite quantité, le système immunitaire apprend à connaître la maladie et sera plus efficace pour la combattre si elle se présente à nouveau.

Diane : Y a-t-il des effets secondaires?

Dr Charest : C’est possible dès les premières 24 à 48 heures, que des effets secondaires comme de la fièvre, signe de la maladie elle-même, ou des réactions allergiques comme des gonflements et un nodule au site de vaccination se présentent.

Diane : Certains disent que le vaccin de la rage doit se donner chaque année et d’autres, aux deux ans. Qui a raison?

Dr Charest : En fait, cela dépend de la compagnie qui fabrique le vaccin. Certaines compagnies font des vaccins qui sont garantis un ou deux ans et les plus rares, d’une durée de trois ans. Pour conserver une protection complète, il faut toujours faire les rappels de vaccins dans les délais prescrits par votre vétérinaire.

Diane : Peut-on vacciner notre chien ou chat soi-même?

Dr Charest : Non, et ce, pour trois raisons : car l’animal doit être en santé pour que le vaccin soit pleinement efficace. Il doit donc avoir absolument un examen physique avant de se faire vacciner. Deux, parce que si vous vaccinez votre animal dans votre salon et qu’il a des effets secondaires comme de l’enflure, vous ne serez pas en mesure de le traiter immédiatement. Trois, parce que les vaccins, par la loi, ne sont vendus qu’aux vétérinaires, puisque c’est un acte réservé.

Diane : Pour les personnes qui disent : « Mon chien ne sort jamais de la cour et ne côtoie jamais d’autre chien »,  « Mon chat reste à l’intérieur » ou « Mon chien a 15 ans et n’a jamais été vacciné », que leur diriez-vous?

louiseDr Charest : C’est un choix qui appartient à chacun des propriétaires d’animaux. Ils devront vivre avec leur choix s’il advenait des conséquences. Les vaccins sont conçus pour éviter les maladies graves, contagieuses et parfois transmissibles à l’Homme. Il faut comprendre qu’un animal peut toujours fuguer et rencontrer des amis qui sont malades. On a toujours à raconter, aussi, des histoires vécues abracadabrantes telles que : un chat qui ne va que sur le balcon a été contaminé par la rage d’une chauve-souris passant par là… Même si votre chien ne sort pas de la cour il peut être contaminé par les excréments d’un autre animal qui, lui, est venu dans votre cour.

Diane : Avec tous les animaux que vous voyez en consultation, diriez-vous que les vaccins sont nécessaires?

Dr Charest : Je dirais que plus grand est le taux de vaccination, plus grandes sont les chances que nos animaux soient moins à risque pour toutes ces maladies.

(Dr Charest a obtenu son diplôme en 1998 à St-Hyacinthe. Elle a suivi le programme mixte, soit pour les petits et les grands animaux. Par périodes entrecroisées, elle a travaillé huit ans avec les grands animaux et cinq ans avec les petits. Elle travaille actuellement à la clinique de St-Sauveur et à la SPCA-Laurentides-Labelle de Ste-Agathe.)