Dinosaure de l’an 2012


Lente, posée et peuplant la Terre depuis plus de 200 millions d’années, il n’est pas étonnant que la tortue soit souvent l’animal qui représente la sagesse dans plusieurs cultures. Même si le moment précis de leur apparition sur Terre est encore sujet à débat, les scientifiques s’entendent pour dire qu’elles étaient présentes bien avant l’arrivée des dinosaures. Bien que ces espèces de tortues soient aujourd’hui disparues, les espèces modernes témoignent de la résistance et de l’adaptabilité peu commune de ces animaux. Elles ont en effet survécu aux extinctions de masse, presque inchangées, pour venir jusqu’à nous.

Il existe 327 espèces de tortues, divisées en 14 familles, comptant les tortues marines, les tortues aquatiques et les tortues terrestres. Leur répartition est presque mondiale, exception faite de la zone au nord du 50e parallèle, et elles peuplent les milieux les plus divers. Résidante paisible de l’Afrique, la tortue sulcata est la troisième plus grosse espèce de tortue terrestre, après les tortues géantes des Galapagos et des Seychelles. C’est cependant la plus grosse espèce disponible pour la garde en captivité. Cette petite géante nécessite des soins bien particuliers et, malheureusement, bien peu d’herpétologues en herbe arrivent à les lui prodiguer.

tortue-sulcata-d-afriqueFiche technique

Nom vernaculaire : Tortue sillonnée ou tortue sulcata

Nom scientifique : Centrochelys sulcata

Famille : Testudinidae

Taille moyenne : 1,20 m

Poids : Entre 60 et 100 kilos

Espérance de vie : Environ 100 ans

Répartition géographique : Afrique, de la Mauritanie à l’Éthiopie

Habitat : Savanes arborées de la zone soudano-sahélienne

Mode de vie : Terrestre et diurne

Alimentation : Herbes sèches

Pesant à peine plus de 35 grammes à la naissance, il est difficile de croire que cette charmante bouille que vous voyez dans la vitrine de l’animalerie pèsera entre 60 et 100 kilos une fois adulte. Pourtant, cette information n’est pas à négliger lorsqu’on fait l’achat d’un tel animal. Vous imaginez bien, une bête aussi grosse a besoin d’espace… De beaucoup d’espace! La croissance de cette tortue se fait rapidement. Bien nourrie, une tortue de huit ans pèsera environ 20 kilos! Mais toutes ne se rendent pas là… Malheureusement, les petites tortues sont bien fragiles, et seulement 10 % des bébés achetés en animalerie passeront le cap des cinq ans; les autres mourront en bas âge, faute d’avoir reçu les soins appropriés. Cependant, maintenue dans des conditions adéquates, une tortue sulcata peut vivre plus de 100 ans! Si vous pensez devenir propriétaire de cette espèce, il faut donc songer à écrire une petite note à son sujet dans votre testament, car il y a fort à parier qu’elle vous survivra…

100_1843De bébé à adulte, les installations de votre tortue devront être considérablement modifiées. Entre 0 et 3 ans, les tortues sulcata sont très fragiles et nécessitent des conditions optimales. Leur terrarium d’un mètre carré, en plus d’offrir les conditions nécessaires à la survie d’une tortue adulte, sera divisé en deux zones : une partie humide dont l’hygrométrie avoisinera 70 %, et une partie plus sèche, à environ 30 % d’hygrométrie. Une fois adulte, la tortue devra passer d’un terrarium à une pièce complète de dimension non négligeable. La température de la pièce, au point chaud, devra se situer entre 30 et 32 degrés Celsius, alors que le point froid avoisinera les 24 degrés. La nuit, la température pourra descendre aussi bas que 20 degrés, mais pas davantage. En plus d’une lampe chauffante, il est aussi nécessaire d’ajouter un néon, qui fournira les rayons UV nécessaires afin d’assurer la synthèse de vitamine D, qui permet au corps de métaboliser le calcium. Les néons UV doivent être changés à tous les 6 à 12 mois, car leur apport en rayons UV diminue avec le temps. Comme la tortue sulcata aime creuser, il est essentiel de lui offrir un espace adapté à cet effet. Un bac rempli de substrat malléable et peu poussiéreux permettra à votre animal de satisfaire ce besoin. Une coupole d’eau propre à la consommation est essentielle, mais les tortues bénéficient aussi d’un bac d’eau peu profond disposé dans la zone plus fraîche, afin de patauger un peu et de s’hydrater. Il est important de se rappeler que la tortue sulcata ne sait pas et ne peut pas nager. Le niveau d’eau ne doit donc pas dépasser cinq centimètres, car le risque de noyade est important si le niveau est plus élevé.

Lorsque la température est assez clémente l’été, votre tortue bénéficiera de séjours prolongés à l’extérieur afin de profiter des véritables rayons du soleil. Attention toutefois! Cette championne de l’excavation n’a rien à envier à nos marmottes! À l’état sauvage, ces tortues creusent des galeries pouvant aller jusqu’à 12 mètres de long. Il y a fort à parier que vous ne voulez pas de tels trous dans votre jardin! L’enclos extérieur de votre tortue devra donc idéalement être composé d’un sol difficile à excaver, et comporter des piquets bien enfouis dans le sol, assez rapprochés, pour éviter que votre animal ne puisse s’enfuir par-dessous la clôture. L’enclos devra également compter des cachettes nombreuses pour offrir un peu d’ombre, ainsi qu’un point d’eau pour permettre à votre tortue de s’abreuver. Vous pouvez également y planter des herbes multiples afin de lui permettre de manger adéquatement, même à l’extérieur.

100_1845Comme tout géant, la tortue sulcata doit manger… beaucoup, soit environ 10 % de son poids par jour! De plus, pour cette espèce, il n’y a pas de période de jeûne, même l’hiver. Son alimentation se compose de 50 à 70 % de foin, disponible en tout temps dans son terrarium. Ses portions doivent être complétées de nourriture riche en fibres : herbes des champs, trèfle, luzerne, endives, roquette, pissenlits, gazon tondu séché (idéal pour l’hiver), etc. Ce menu vous paraîtra probablement pauvre en nutriments, et vous serez peut-être tenté d’offrir des suppléments de fruits ou autres, mais attention! Cette tortue provient justement d’un habitat où la valeur nutritive de la nourriture est peu élevée, et la sulcata est adaptée à celle-ci. Les fruits ou les nourritures riches en protéines peuvent occasionner des difficultés d’ordre digestif importantes, voire des troubles de croissance, et sont strictement à éviter!

Si tout se passe bien, vous pourrez déterminer si votre animal de compagnie est un mâle ou une femelle vers l’âge de sept ou huit ans. Outre le fait que les mâles soient plus gros que les femelles, la queue de la femelle est plus courte que celle du mâle, et laisse visible le cloaque. De plus, afin d’être en mesure de s’accoupler avec la femelle, la partie ventrale de la carapace, aussi appelée plastron, présente une forme concave. Vous imaginez que sans cette courbe, tenir en équilibre sur le dos de la carapace ronde d’une femelle est beaucoup trop difficile! Pour obtenir les faveurs des femelles, les mâles s’adonnent à des combats, souvent violents. La fourche ventrale du plastron sert d’arme afin de renverser l’adversaire. Une fois retourné sur le dos, le vaincu se retrouve dans une situation bien précaire. Incapables de se retourner seuls, bien des mâles à l’état sauvage finissent par mourir de faim et de soif. Le vainqueur des combats peut alors s’accoupler avec la femelle, dont la maturité sexuelle est atteinte entre 8 et 12 ans. Pour le mâle toutefois, cette maturité peut être plus tardive. Après l’accouplement, une femelle pondra en moyenne 15 œufs et il peut y avoir jusqu’à six pontes par année. L’incubation prendra de 85 à 170 jours, après lesquels de mignonnes petites tortues émergeront de l’œuf.

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Le pyramidage de la carapace est le résultat de carences alimentaires et du manque de soins essentiels à la bonne santé de la tortue sulcata. (Photo Anick Claisse)

Longtemps chassée pour sa chair et sa carapace, ou pour la garde en captivité, la situation de la tortue sulcata est précaire dans son pays d’origine. L’élargissement des déserts, la construction de villages et les troupeaux d’ovins qui envahissant leur territoire n’aident en rien à la survie de ces tortues en Afrique. Ainsi, le pays a mis en place une réserve ainsi que différents programmes chargés de protéger cette espèce. Par exemple, l’organisme SOS Sulcata a vu le jour en 1993 afin de sensibiliser les populations au danger réel d’extinction de cette tortue d’Afrique. En 2003, un programme de remise en liberté a également été mis en place. Ces tortues, élevées en captivité puis relâchées dans leur milieu naturel, sont équipées d’un émetteur permettant à une équipe d’experts de suivre les progrès de leurs « petits » protégés. Un groupe d’une dizaine d’individus en âge de se reproduire est actuellement gardé dans le village de Noflaye et dans la réserve de Gueumbeul, au Sénégal. De plus, en 2006, un groupe de 24 tortues subadultes ont pu, grâce à ce programme, être relâchées à l’état sauvage, offrant ainsi une chance supplémentaire à cette espèce de ne pas disparaître.

Si, malgré toutes ces informations, vous tenez toujours à acquérir cette espèce en raison de la précarité de leur situation, privilégiez les spécimens provenant d’éleveurs. Ainsi, vous n’encouragerez pas un marché où les tortues indigènes sont au bord de l’extinction. Gardez aussi en tête qu’une variété incroyable d’espèces terrestres de toutes tailles est disponible en captivité. Ces espèces demandent souvent des installations bien plus raisonnables que la tortue sulcata, et risquent même de vous plaire davantage.