De la zoothérapie éducative avec un rat ou une poule?


Des animaux non traditionnels

Lorsqu’on entend parler de zoothérapie, on s’imagine une personne avec un chien, qui se rend dans les institutions afin de rencontrer des gens qui flatteront ce chien.  Aujourd’hui, nous verrons une façon bien différente de voir la zoothérapie avec Josée Lafrance, zoothérapeute de Saint-Lin-Laurentides, qui utilise non seulement des chiens, mais également des animaux non traditionnels qui sauront vous surprendre.

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Josée Lafrance, zoothérapeute

Diane : Dites-moi, Josée, depuis combien de temps pratiquez-vous la zoothérapie?

Josée : Il y a trois ans, j’ai obtenu mon diplôme de zoothérapeute de l’École internationale de zoothérapie située à  Montréal.

Diane : Qu’est-ce qui vous a amenée à vous diriger vers la zoothérapie?

Josée : J’avais besoin de changement, et ça faisait déjà quelques années que je pensais m’orienter vers une autre carrière.  J’ai deux enfants, et je désirais que la transition se fasse assez rapidement. Puis, à un moment donné, j’ai vu une affiche de l’École internationale de zoothérapie, donc je me suis mise à faire des recherches et à recueillir de l’information sur le sujet, comme le type de clientèle pouvant être approché, quels sont les animaux avec lesquels il est possible de travailler, etc.

Diane : Et c’est là que tout a commencé?

Josée : Exactement. J’ai passé une entrevue et, par la suite, je me suis inscrite aux cours, mais de façon intensive, dont la durée est d’un an.  Pour débuter la première session, nous avons un mois de formation qui  comprend une thérapie personnelle ainsi que le côté psychologique de l’animal. Pendant la deuxième session, nous étudions les chevaux et les perroquets. Nous avons également fait plusieurs stages. Avec l’École internationale, on travaille beaucoup avec le chien et le chat.

Diane : Lorsque vous avez terminé votre formation, avez-vous décidé d’avoir des animaux immédiatement?

Josée : Non, pas tout de suite. Pour débuter, je suis allée faire  un stage aux Services éducatifs Matawinie et, finalement,  la personne en question m’a demandé de travailler avec elle. La première année j’ai fait beaucoup de sous-traitance pour cette personne. Au cours de la deuxième année, j’ai commencé à me faire de la publicité, et j’ai ainsi obtenu quelques petits contrats, tout en poursuivant la sous-traitance.  Ensuite, au mois d’août de  l’an passé, pour des raisons personnelles, la personne pour qui je faisais de la sous-traitance  a décidé quelle mettait fin à ses activités  de zoothérapie.  C’est à ce moment qu’elle m’a offert quelques-uns de ses animaux. J’ai alors décidé d’entreprendre la zoothérapie avec des animaux non traditionnels, car, à mon avis,  travailler avec le chat et le chien s’adresse plus aux personnes qui n’ont pas d’incapacités intellectuelles, mis à part la maladie d’Alzheimer. J’ai beaucoup travaillé avec des enfants qui souffrent  de troubles envahissants du développement, du syndrome de Gilles de la Tourette, d’Asperger, ainsi qu’avec  certains ayant une déficience intellectuelle. La différence est que  je trouve qu’avec les animaux non traditionnels, ça ne devient pas une routine comme avec le chien. Je dirais  plutôt que ça les pousse à travailler.  Lorsqu’on va dans le même endroit une fois ou deux par semaines, et qu’on a juste un chien avec nous, ça devient monotone. On fait du brossage, on joue à la balle donc, les personnes deviennent moins  intéressées.

Diane : Voulez-vous nous expliquer ce qu’est la zoothérapie éducative?

Josée : Le but de la zoothérapie est de favoriser le développement psychologique et émotionnel d’une personne afin d’établir  rapidement un contact avec les gens, et ce, dans un climat de confiance par l’interaction des animaux, tandis qu’avec  la zoothérapie éducative, c’est par la diversité des animaux et la créativité dans différentes activités que nous  ferons travailler la personne  à tous les niveaux, c’est-à-dire tant au niveau physique ou psychologique qu’éducatif.

Diane : Peu importe que vous vous rendiez en école normale ou dans un centre d’hébergement, est-ce que vous apportez les mêmes animaux?

Josée : Certainement! La seule différence est que je vais réduire l’objectif afin d’arriver à une victoire avec la personne. Ceux qui sont atteints de très grandes incapacités  physiques et/ou intellectuelles travailleront davantage la manipulation.  Je vais également travailler l’envahissement, car beaucoup n’aiment pas avoir quelque chose près d’eux ou sur eux. Il est alors important d’y aller graduellement. J’estime que ces personnes méritent de profiter de tous les animaux, et non pas seulement  d’un chien.  C’est plaisant d’avoir un furet sur soi avec une petite couverture; ce contact  leur fera sentir le corps de l’animal, et c’est de cela dont ils ont besoin.

Je travaille aussi la gestuelle avec le chien, apprendre les signes VIENS, ASSIS, RESTE, car beaucoup sont incapables de parler.  Je leur apprends également à communiquer avec des gestes appropriés lorsqu’ils ne veulent pas de l’animal, car malheureusement, certains ont des comportements très agressifs envers l’animal lorsqu’ils n’en veulent plus.

Diane : Faites-vous de la zoothérapie de groupe ou individuelle? Quelle sorte de clientèle requiert vos services?

Josée : Dans les écoles, les intervenants préfèrent la zoothérapie de groupe, parce que ceux-ci on quelque chose à apprendre  en groupe, comme le respect des autres ou la patience (par exemple, attendre que ce soit leur tour).  Personnellement, j’opère différemment de ce qu’on m’a appris à l’école, en ce sens que la zoothérapie se faisait individuellement avec un animal.  Pour ma part, je fais plutôt de la thérapie éducative, c’est-à-dire que je travaille avec les animaux, mais aussi avec les réflexes de la personne, les couleurs, la coordination. L’observation des autres est d’ailleurs une bonne méthode d’apprentissage. J’utilise les habiletés naturelles de l’animal pour faire une activité avec des  enfants au préscolaire, à l’école normale, ainsi qu’avec des enfants et des adultes qui ont des  déficiences physiques et/ou intellectuelles parfois assez sévères.

Diane : Comment vous préparez-vous avant de vous rendre en institution?

Josée : Avant de partir, il faut faire une inspection en règle de tous mes animaux.  Je  vérifie s’ils ne sont pas blessés ou s’ils n’ont pas de problèmes au niveau de la  peau ou de parasites, et je termine par un grand nettoyage des pattes.  J’emporte aussi tout ce qu’il faut pour nettoyer et désinfecter les mains. C’est beaucoup de travail, car il faut entretenir tous ces animaux et continuer à les manipuler tous les jours. Par chance, j’ai deux enfants,  alors ça m’aide beaucoup.

Diane : Combien d’animaux avez-vous en tout? Leur donnez-vous des noms?p1020549

Josée : Oui, je leur donne des noms, sauf pour les tourterelles.  J’en possède douze au total.  J’ai une tortue nommée Cuba, un furet prénommé Twist, deux tourterelles, trois lapins, dont ma préférée est Cacao, deux dégus nommés Hunter et Inou, deux rats prénommés Jack et Sally,  mon chien Tchouky  ainsi que ma poule, qu’on appelle affectueusement Maripoule.  Les deux Bergers australiens, Soukie et Syrah, appartiennent à une amie.

Diane : Vous avez dit que chaque animal a une particularité pour la zoothérapie. Pouvez-vous nous expliquer?

Josée : Par exemple,  avec la tortue, je travaille les couleurs, les formes ainsi que la situation dans l’espace, c’est-à-dire  l’endroit et l’envers, parce qu’il y a beaucoup d’enfants qui ont de la difficulté à faire cette différence. Donc, je me sers de la tortue, l’animal qui demeure le plus longtemps sur le dos naturellement, sans lui nuire.

Diane : Mais je pense surtout au rat… il me semble que certaines personnes doivent avoir de sérieuses réticences  avec un rat?

Josée : Oui! (Rires) Certaines personnes ont des réticences, d’autres non. C’est plutôt rare chez les enfants.  C’est surtout au niveau des intervenants et des professeurs, qui ont des difficultés d’approche avec les rats. Les enfants ne connaissent pas les histoires de rats d’égouts et de leurs antécédents  comme l’adulte. Pour le rat, je travaille dans l’espace, c’est-à-dire le haut et le bas.  Par exemple, les enfants déposent  le rat dans le bas d’un grillage et ils encouragent l’animal à  monter  tout en haut de cette grille. Cela leur permet ainsi de différencier le haut du bas, car malheureusement, il y en a beaucoup qui l’ignorent, et ce, chez l’adulte également, selon leur niveau de déficience.

Diane : Et les tourterelles, quel est leur rôle?

Josée : Je travaille beaucoup le tonus musculaire. Lorsqu’on a un oiseau sur le doigt, il ne faut pas avoir la main molle ou pendante, car l’oiseau ne restera pas et va s’envoler. Le but est qu’il ne s’envole pas. Il faut être capable de le transporter d’un point A à un point B,  et que ce soit  la personne qui le dépose, et non l’oiseau qui s’envole. Je travaille beaucoup avec la tourterelle ainsi qu’avec certains accessoires, pour les couleurs,  car ils devront  également les déposer sur la bonne couleur.

Diane : Vous avez aussi des lapins? Que faites-vous avec ceux-ci?

p1020561Josée : Les lapins  aiment manger de bonnes choses, donc je travaille également le volet nutrition et les groupes alimentaires. Je le fais d’ailleurs avec tous mes animaux. Mais pour en revenir au  lapin, c’est un animal peureux qui, même s’il est habitué à être manipulé,  il est nécessaire que l’enfant apprenne à être patient et très doux avec l’animal.

Diane : Parlez-nous du dégu. Ce n’est pas un animal dont on entend parler souvent…

Josée : Le dégu est un animal qui vient du Chili et du Pérou. Dans ce pays, on considère le dégu comme un animal indésirable, mais ici, c’est un animal de compagnie au même titre qu’un cochon d’Inde. Je ne fais pas trop de manipulation avec le dégu, car c’est un animal très rapide pour les enfants.  Nous observons et nous travaillons la motricité fine en  donnant  une petite gâterie à l’animal.

Diane : Quel est le rôle du furet en zoothérapie éducative?   

Josée : Je vous dirais que certains individus ne savent pas ce qu’est le fait de sentir et différencier les odeurs.  Avec le furet, on travaille l’odeur, car l’animal  en possède une bien particulière.  Je me sers également du furet pour éveiller la curiosité, pour leur apprendre le jeu et pour développer la coordination. Je vois aussi que certaines personnes ont peur de toucher l’animal  avec leurs mains et vont plutôt coller leur visage dessus, contrairement à une personne normale. Alors, il faut expliquer à la personne qu’il ne faut pas faire ça avec le visage, mais leur expliquer comment faire  avec les mains.  Il y en a un qui est tombé en amour avec ma rate Sally, et lorsqu’on la dépose sur ses genoux, Sally peut rester sur lui sans bouger pendant 40 minutes.

Diane : Et si vous nous parliez des poules? Il me semble que ce n’est pas très évident de travailler avec une poule?

Josée : (Rires)  C’est aussi simple qu’avec les autres animaux.  Avec la poule, c’est-à-dire Mariepoule, je travaille les réflexes, les textures et les couleurs. Avec de vrais ou de faux œufs, ils vont apprendre à aller les chercher dans la cage.  Je vais également leur  montrer comment mettre une poule sur leurs doigts. D’ailleurs, c’est étonnant comme les pattes d’une poule sont douces.

Diane : Quel est votre point de vue sur la réussite de la zoothérapie?

Josée : Il ne faut pas toujours s’attendre à de grandes réussites. En tant que zoothérapeute, il ne faut pas avoir d’attentes face à quelqu’un; il faut seulement voir s’il y a de l’amélioration avec cette personne comparativement au début de l’apprentissage. On en retire toujours une grande satisfaction, que la réussite soit grande ou petite.